André Eugène COSTILHES 
(1865-1940)
 
Sa vie, c’est celle d’un jeune Auvergnat de Cunlhat, ouvrier plâtrier peintre comme son père, qui, grâce à ses remarquables dons pour le dessin, à son opiniâtreté et au soutien du maire de son bourg, Edmond Guyot-Dessaigne, « monte à Paris » à l’âge de 18 ans, réussit les Beaux-Arts et devient au début du siècle dernier professeur de dessin et artiste peintre, artiste décorateur aussi, dans la capitale... 
Il dessine et peint les sujets les plus variés (portraits, nus, monuments, paysages, natures mortes) avec des techniques diverses qu’il maîtrise toutes (huiles, aquarelles, gouaches, pastels, fusains, sanguines). Il expose des oeuvres dans les principaux Salons (Artistes Français, Indépendants, Automne...) dès 1891. Plusieurs de ses tableaux sont acquis par l’Etat pour des musées, dont le Louvre et le Musée d’Art de Clermont-Ferrand.




1865-1882: Enfance et adolescence à Cunlhat

André Eugène Costilhes est né le 8 avril 1865 à Cunlhat dans une famille de souche auvergnate extrêmement modeste. Après sa scolarité à Cunlhat, il est apprenti peintre avec son père. En 1881, âgé de 16 ans, il se rend à Clermont-Ferrand où il travaille comme peintre pendant six mois. Puis il retourne à Cunlhat où il est à la fois plâtrier peintre et artiste peintre autodidacte.


1883-1892 : Formation à Paris
En 1883, à 18 ans, il se rend à Paris avec le soutien du maire Guyot-Dessaigne, qui deviendra son ami. Dans la capitale, il suit les cours de dessin pour adultes de la ville de Paris dans le 14e arrondissement et le cours du soir de l’Ecole Nationale supérieure des Arts Décoratifs, en 1883 et 1884. Il est l’élève d’Eugène Grasset - l’un des précurseurs de l’Art Nouveau -, avec qui il collaborera par la suite. Il est reçu premier au concours de l’Ecole Nationale supérieure des Beaux-Arts où il devient notamment l’élève de Luc Olivier-Merson, Pierre-Victor Galland, Gustave Boulanger et surtout de Léon Bonnat. Il obtient 26 récompenses et réussit au fil de ces années les différents concours qui jalonnent la scolarité aux Beaux-Arts. Un décret ministériel de 1892 le nomme professeur. Il se rend alors à Marseille, où il enseigne le dessin au lycée pendant une année. 

1893-1913 : Les années Jeanne Lafont
En 1893, André Eugène épouse Jeanne Lafont à Clermont-Ferrand. La même année, il tombe malade et bénéficie d’un congé d’inactivité pour cause de maladie pendant trois années scolaires consécutives. Il réside à Clermont-Ferrand pendant cette période, posant son chevalet dans les bourgs voisins. Il expose des œuvres dans les salons locaux : ainsi, en 1895, à l’exposition des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand. Cette même année, il est chargé de travaux de peinture décorative pour la préfecture de Clermont-Ferrand. Lors de sa visite officielle, le Président Félix Faure « admire beaucoup, dans la salle de la préfecture, les panneaux peints par MM. Costilhes et Chassagne. Il déclare qu’il leur en commanderait deux pour le palais de L’Elysée. Le soir, ces deux artistes lui sont présentés ». Autre écho de la presse locale : « les portes du salon sont ornées de peintures décoratives du plus gracieux effet de MM. Costilhes et Chassagne, anciens boursiers du département à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts, œuvres pour lesquelles ils n’ont pas demandé d’honoraires ». II se déplace par intermittence à Paris mais se rend régulièrement à Cunlhat, où il peut désormais côtoyer les notables du bourg et participer à leurs réunions. Il s’installe définitivement à Paris avec Jeanne en 1896. Celle-ci est devenue son élève, mais peint dans des tonalités plus pâles. Signant Jane Costilhes, elle expose notamment  au salon des Indépendants en 1911 et 1912. En 1913, Jeanne décède à la suite d’une opération, à l’âge de 39 ans. Totalement désemparé et abattu par cette disparition soudaine, André Eugène cesse de dessiner et de peindre pendant de longs mois. Son fidèle ami Henri Laugier l’aide à refaire surface. Mais il cessera presque complètement d’exposer alors qu’il atteint la plénitude de son art pendant cette période de sa vie, soit pendant un quart de siècle. Avant la guerre de 14-18, ses paysages représentent surtout l’Auvergne, la Bretagne, Paris et ses environs. Après la guerre, toujours l’Auvergne et Paris, mais aussi la Normandie et l’Ile-de-France, notamment Pontchartrain.

1914-1940 : Les années Anna Fontaine
Désireux de fonder une famille, il se remarie en 1915 avec Anna Fontaine, infirmière et assistante sociale. Trois enfants naissent de cette union. Depuis le décès de son père en 1920, et avançant en âge, ses visites à Clermont-Ferrand et Cunlhat se font plus rares puis cessent. Un deuxième malheur frappe André Eugène en 1929 : sa plus jeune fille décède de la typhoïde à l’âge de 5 ans. A la retraite à partir de 1930, sa maigre pension de professeur suffit à peine pour subvenir aux besoins de la famille dont les deux enfants sont étudiants. Il continuera à dessiner et à peindre jusqu’à l’extrême fin de sa vie. Il sillonne les quartiers de Paris avec son nécessaire de peinture, et exécute des portraits de clients dans son atelier de la rue de Birague. Il dessine et peint également de nombreux portraits des membres de sa famille, et plusieurs autoportraits. En juin 1940, séparé de sa femme mutée dans le Sud-Ouest, il part en exode à Clermont-Ferrand accompagné de sa fille Berthe et d’un couple d’amis. Il continue à dessiner pendant ces quelques jours en Auvergne. Mais usé physiquement et moralement, très marqué par la défaite, il retourne à Pontchartrain une semaine après. Il décède le 1er septembre 1940, sans avoir revu sa femme qui ne pourra rejoindre la région parisienne que trois semaines plus tard. Ses cendres reposent au cimetière de Jouars-Pontchartrain.

Un peintre-décorateur
Membre de la Société des artistes peintres-décorateurs et plus tard de l’Union des arts décoratifs, membre de la Société amicale des peintres et des sculpteurs français, André Eugène consacre une bonne partie de son temps à la peinture décorative. En 1899, il contribue avec les membres de la Société Artistique du Livre Illustré à la gravure sur bois de compositions originales de Gérardin ornant le livre Les Fêtes galantes de Paul Verlaine. Il participe avec Eugène Grasset à des travaux de décoration à l’exposition universelle de 1900. Il décore aussi des hôtels particuliers, des établissements publics, des châteaux et des églises, et dessine des balustrades en fer forgé pour des ferronniers d’art. Proche d’Eugène Grasset, il s’intéresse à l’Ecole de Nancy, fer de lance de l’art nouveau. De 1916 à 1930, il enseigne à l’école Arago tout en étant à partir de 1924 directeur du cours supérieur du soir de dessin pour adultes, 6 place des Vosges. Il s’y consacre à la section des modèles vivants (nus académiques). Il est également féru de photographie : il réalise plusieurs centaines de plaques sur verre, dont une partie consacrée à l’Auvergne se trouve à la photothèque des Archives départementales du Puy-de-Dôme à Clermont-Ferrand et celles sur la capitale aux Archives de Paris. Plusieurs de ses tableaux sont utilisés, parfois conçus, pour des publicités. En 1902, il est fait officier d’académie et officier de l’Instruction Publique. 

Un artiste humaniste
André Eugène fréquente des universitaires et des scientifiques, comme son ami intime Henri Laugier - qui sera notamment secrétaire général adjoint de l’ONU après la guerre et co-rédigera la Déclaration universelle des droits de l’homme - et des hommes qui, comme lui, ont la fibre sociale. Il a également pour amis des artistes peintres dont Victor Charreton et Pierre Franc-Lamy. Dans les années 1930, il est membre de la « Horde de Montparnasse », groupement intellectuel et d’entraide artistique dont quelques artistes membres résident à la célèbre Ruche des Arts, passage Dantzig dans le 15e. Il est aussi en contact avec les migrants auvergnats de Paris, notamment par le biais de la Société de La Soupe aux Choux dont il est un sociétaire assidu et qui organise chaque année de 1885 à 1914 un salon d’art auvergnat. Républicain, progressiste, pacifiste, libre penseur, il n’hésite pas à s’engager. En 1899, il est membre de la Société Ouvrière d’Entreprise Générale de Peinture ; en 1902, il devient membre actif-fondateur du Peuple Prévoyant, société civile et philanthropique sise à Paris. Initié à Cunlhat, jeune encore, par Guyot-Dessaigne, il adhère, vers 1902, à la franc-maçonnerie, loge La Libre Pensée du Grand Orient de France. Mais André Eugène cesse d’être membre de la loge une dizaine d’années plus tard. Il est sociétaire des Artistes Français, ainsi que des Artistes Indépendants dont le Salon installera sur ses cimaises toute l’histoire de la peinture moderne.


Valérie Costilhes